31.03.2012
Rendre l'appareil, mais à qui ?
(EDIT : oui, je sais bien que c'est rendre la pareille, et non pas l'appareil
) Vendredi soir (hier au moment où j'ai écrit ces lignes) je quitte le QG à 21 heures. Je délaisse ce bar sympa pour filer en face, en haut des remparts de Saint-Lô. Plusieurs jeunes traversent le jardin public pour se rendre au concert de reggae programmé dans la soirée. Dans l'obscurité de l'escalier de la tour des Beaux regards, je cherche la lumière avec mon reflex, j'essaye d'immortaliser cette ambiance entre chiens et loups. Un petit coup de fil pour faire coucou à mon pote Steeve. Je raccroche et continue de tester le DSLR Rig spider. Une ombre monte l'escalier, passe à côté de moi, se cogne contre la rambarde.
L'ombre semble un peu désemparée qu'il y ait quelqu'un ici. Elle renifle et s'approche du parapet. Je la rejoint en flippant. Je mets mon bras contre l'épaule de l'ombre qui pleure en haut des remparts. Elle se cache le nez avec le pull blanc qu'elle a noué sur ses épaules et pleure. Je lui demande "ça va ?", elle ne répond pas. Les pleurs continuent, dans une ambiance sucrée de parfum et d'alcool. Alors je lui raconte la fin de vie de papa, quinze jours avant. Ses derniers moments passés avec lui.
Mes larmes se joignent aux siennes, elle m'écoute avec attention. Mise en confiance, elle raconte sa propre vie. Elle s'appelle Stéphanie (1). Son papa est mort début mars 2004. Chaque année, à la même période, c'est la même "galère". Elle n'a pas eu la force de le revoir les derniers jours, elle qui, de par sa profession, accompagne des gens en perte d'autonomie. Son papa est décédé d'un cancer à 66 ans. Stéphanie évoque ses enfants, son grand, qui va avoir 18 ans et les deux plus jeunes, 9 ans et 1 an. Je crois qu'une doit être au collège mais je ne me souviens pas. Elle est âgée de 37 ans.
"Et toi tu as des enfants ?" J'évoque la vie de ma fille, Adeline, sa scolarité, plus brillante que la mienne. Elle sourit : "Tu dois être fier. Ma fille, je l'ai changé d'école, elle été à l'Inter, là, elle est à la Dollée. Il est bien le directeur". On reparle des remparts, des quatre ou cinq suicidés qu'il y a eu ces dernières années. "Il faut vraiment être mal pour le faire. Par moment, je me dis qu'un mur en voiture, ce serait plus facile". J'acquiesce. Je lui rapporte mon retour de l'hôpital après avoir laissé papa. La vitesse qui augmente, les bornes qui défilent de plus en plus vite et le coup de volant qui n'est pas donné... L'envie d'aimer, l'envie de partager, de voyager, la femme aimée…
Stéphanie rit en se disant que l'on aurait peut être pu sauter tous les deux. Nous délirons sur le Viaduc de la Souleuvre, chez AJ Hackett le saut à l'élastique, mes peurs de tomber en étant attaché à un élastique. Et puis je la raccompagne à son auto dont les clefs sont restées sur le contact. On échange nos Facebook, nos adresses mail. "D'habitude, c'est moi qui redonne le moral au autres", me glisse-t-elle avant de démarrer. On se quitte, je regarde son auto filer et part me coucher.
C'était encore une journée bizarre… Indéfinissable. Entre le vide, le manque, l'envie d'aller plus loin, la peur, l'envie et tiens il y a eu ce couple de quinquagénaire. Ce couple, "sûrement illégitime", comme a jugé la voisine. Ce couple qui, d'après la voisine d'en face, se pelotait depuis un an sous les fenêtres de mon père. Plus précisément, la fenêtre de mon père donne sur ce petit parking discret, près du transformateur EDF. Je ne l'avais jamais remarqué ce petit manège. Même l'octogénaire censée ne plus voir grand chose avait vu "le monsieur remettre sa braguette".
La veille, jeudi, j'avais eu le droit au couplet moraliste : "tu te rends compte, venir sur un parking comme ça… Ils se voient à midi et à 16 heures. Sur les sièges arrières du monsieur. Tu te rends compte. Mais le voisin du bout, il est maire adjoint, il s'en occupe".
Effectivement, ce vendredi, j'ai remarqué le peu discret break Logan de notre brave police municipale aux aguets, manoeuvrant dans la rue. Depuis combien de temps n'était-elle pas venue ici la police ? Ouh, au moins dix ans, à vue de nez ! C'est tellement tranquille Saint-Lô…
Le couple est venu dix minutes après. J'ai remarqué la manoeuvre. Monsieur garé, madame descend de son auto et monte à l'arrière.
Préliminaires discrets. Jupette pratique et bien masquante, califourchon aisé par la fente de la dite jupe alié à la souplesse de la dame. Bref, la moindre série américaine en montre dix fois plus : pas une once de peau n'était visible. Et puis, cette marque française est réputée pour sa tenue de route, la berline semble bien amortir les secousses. Elle ne couine pas. La dame non plus d'ailleurs.
Je raconte à ma mère un chaste résumé de l'histoire. L'après-midi, à 16 heures, ils remettent ça. Je me décide à intervenir et me dirige vers l'auto, doucement pour ne pas effaroucher les tourtereaux.
Je ne balance pas, mais j'évoque : le break des policiers, la voisine, le voisin, la délation, le qu'en dira-t-on… Bref, je conseille un ou deux endroits plus discrets.
Le couple est venu me remercier ensuite. "C'est sympa de votre part"… J'ai souri. Une fois nos amoureux partis, la voisine est venue un peu interloquée : "mais, mais, tu connais ?" Je hoche la tête pour dire non et lui dit qu'ils ne devraient plus revenir de sitôt. Elle répête à l'envi : "tu te rends compte, ils faisaient "ça" sous les fenêtres de ton père". Je me marre. "Tu sais, papa, il en aurait ri, et tu sais ce que ça m'évoque : Brassens". Je lui chante : 'N'empêche que toute la famille, le père, la mère, la fille, le fils, le Saint Esprit, voudraient bien de temps en temps pouvoir se conduire comme eux"...
10:41 Écrit par Laurent Houssin dans Anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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24.02.2012
Erreur de posologie M. le professeur ? Que néni !
Au bar brasserie le Central, un matin, 7 h 50. Je tends un morceau de biltong au patron, pour lui faire goûter et commande mon double express. Un client me demande :
- Tu ne t'entraînes pas ?
- Bein non !
- Ah bon ?
- Non pas tout de suite, je pars en septembre
- En comptant trois sorties par semaines, tu seras tout juste prêt !
- Ah bon ?
- Bein oui, les risques de tendinites, de blessures, etc...
- Tu sais, je ne suis pas un cycliste qui par en voyage, mais un voyageur qui part à vélo
La différence ? Importante ! Je n'ai pas de "temps" à faire. Personne ne va noter ma performance, ni m'attendre avec un chronomètre à chaque arrivée. Bref, Asiatrek n'est pas une performance sportive. Ce n'est pas un Paris - Brest - Paris version géante. Non, je suis juste un voyageur qui va prendre le temps de se balader sur une longue durée
07:22 Écrit par Laurent Houssin dans Anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vélo, trek, humor |
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13.11.2011
Le 11/11/11, j'ai vécu mon premier cambriolage

Ma maison a été cambriolée vendredi soir et j'ai surpris le voleur. C'est con parfois le destin. Non pas que cet acte délictueux intervienne le 11 novembre 2011, non ! Non, le plus drôle c'est la manière dont se goupillent les choses. Revenons au fait déclencheur sans lequel je n'aurais pas composé le 17 sur mon mobile : les soucis de congélateur de ma soeur survenus deux jours avant.
Ces magnifiques souris d'agneaux allaient se perdre. Qu'à cela ne tienne, ma frangine m'invite. Jusque là rien d'extraordinaire si ce n'est qu'elle habite à 500 mètres de ma maison qui vient d'être vendue, (mais n'est pas totalement vidée). Le repas se passe bien. Les souris d'agneau sont délicieuses, toutefois l'idée d'accompagner, le dessert, une tarte à la citrouille, de glace germe dans l'esprit des plus gourmands.
Alors qu'avec Philippe, nous nous rendons chez Pizza sprint, je remarque une Peugeot garée devant chez moi. Rien d'étonnant. De nombreux jeunes s'arrêtent rouler leur joint dans le coin. Comme il n'y a personne dans l'auto, j'avise Philippe que je vais m'arrêter devant au retour. Bien m'en a pris.
Dans la voiture, dont les sièges arrières avaient été rabattus, étaient entassés en vrac mon porte vélo, le décapeur thermique, diverses babioles éclectiques dont ma brosse à parquet des années cinquante... Pour résumer, il s'agissait du restant de bordel que j'avais laissé dans la maison. Dans l'escalier, une de mes caisses de stockage était remplie de l'alcool et des jus de fruits ramenés lors de fête par ma fille, de désherbant, des pots de peinture, mon détecteur de métaux. Un coup de fil au 17 et les policiers se déplacent rapidement. Ils ont procédé aux constatations d'usage. S'ils n'ont pas réussi à interpeller "l'individu", ils ont confisqué son auto. Bein oui, le couillon avait laissé son auto ouverte et les clefs sur le contact. Il avait quitté les lieux de son forfait. Quant à moi, je suis allé déposer plainte ce samedi à 9 heures.
Pierre Desproges avait résumé ce type de méfait dans une de ses Chroniques de la haine ordinaire.
Quand je vous aurai dit à quel point je déteste la force publique et les bâtons blancs, les procureurs hépatiques à nuque rase, les barreaux aux fenêtres les miliciens cramoisi Gévéor tiraillant des chiens-loups démentiels électrisés de haine apprise, quand je vous aurai dit, en somme, l'ampleur de ma dégoûtation pour les lois collectives et les marches forcées, m'écouterez vous enfin, catafalqueux et gauches intellectuels qui tremblotez sous le joug d'un terrorisme par vous même suscité, m'écouterez-vous encore, mes bien chers frères, si je vous dit que je hais autant les voleurs que les gendarmes ?
Je ne parle pas tant des voleurs professionnels, braqueurs de banque, perceurs de coffres, garagistes, épiciers, etc., qui, certes, s'emparent malhonnêtement du bien d'autrui, mais qui le font avec une conscience professionnelle sur laquelle bien des jeunes gens honnêtes seraient bienvenus de prendre exemple.
Non, je veux parler des voleurs amateurs qui volent n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, au petit bonheur des portes ouvertes, et qui repartent sans dire merci, en laissant les traces obscènes de leurs pieds boueux sur les draps brodés de grand-mère qu'ils ont jetés à terre pour y chercher l'improbable magot qui sommeille à la banque.
Rappelle-toi, résidu de gouape, reliquat freluquet de sous-truanderie, rappelle-toi cette nuit de printemps où tu es venu polluer ma maison de ton inopportune et minable équipée. Tristement encagoulé de gris, tu viens dans ma maison, la sueur froide sous le bas noir et la pétoire sous le bras. Infoutu de discerner un vase de Sèvres d'un cadeau Bonux, tu voles au ras des moquettes un vieux sac à main où l'enfant rangeait ses billets de Monopoly et ses dents de lait pour la petite souris. Triste rat, tu voles bien bas.
La maison dort, sauf le vieux cocker tordu d'arthrite et à moitié aveugle qui rêvasse au salon sur son pouf. Il se lève doucement pour aller te lécher un peu, avec cette obstinée dévotion pour nous qui n'appartient qu'aux chiens. Alors toi, pauvre con, tu lui vides en pleine gueule la moitié de ton chargeur de 11,43. Et puis tu files éperdument, veule et cupide gangstérillon de gouttière, la trouille au ventre et chiant sous toi, pillant aux étoiles des sagacités vulgaires attrapées au ruisseau. La nuit résonne encore à mes oreilles du cliquetis métallique de ton sac de toile plein de vaisselle. Et moi je reste là, immobile, à te regarder filer. Parce que j'ai peur aussi. J'avoue. Je renâcle à risquer ma vie pour Arcopal et Duralex. Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer : je ne vais quand même pas partir sans lui.
Où est-tu aujourd'hui, grêle terreur des chiens mourants ? Sans doute, courageusement abrité derrière ta quincaillerie militaire, est-tu en train de guetter une petite vieille au coin de sa chambre de bonne, pour lui casser la gueule avant de lui prendre sa carte orange et le cadre en inox avec la photo de ses enfants qui ne viennent plus la voir ?
Je ne te souhaite pas forcément la prison, c'est l'engrais où les âmes pustuleuses et les contaminées s'épanouissent en incurables bubons. Je ne te souhaite pas non plus quelque mort légale qui ferait de toi, infime et dérisoire épouvantail de terrain vague oublié, un un héros de chevalerie zonarde pour progressistes illuminés, ou pire encore, une raison de se réjouir pour les nostalgiques des ordres noirs.
En réalité, je ne te souhaite ni ne te veux rien.
Je tiens seulement à ce que tu saches, Al Capone de poubelle, Mandrin de mes couilles à condition qu'on me les coupe, je veux seulement que tu saches que toute la famille se joint à moi pour te prier d'agréer l'expression de mon plus profond mépris.
12:06 Écrit par Laurent Houssin dans Anecdotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vol, cambriolage |
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